Mon Parcours
On me dit souvent que le parcours que j’ai choisi est atypique… Je pense parfois que c’est lui qui m’a choisie
J’ai toujours été fascinée par l’apprentissage, l’apprentissage d’une science, d’une connaissance, d’une méthode, mais aussi du monde, des peuples et des gens. Cette fascination, parfois un peu naïve et intempestive, m’a permis, je crois, de me laisser guider par mes passions de cette vie, des passions qui, je ne l’avais pas anticipé, m’amenèrent à une carrière académique.
Fascinée par le monde, très tôt je suis partie pour le rencontrer. Ce n’était pas l’Inde pourtant. A 16 ans en effet, je partais en train avec des amis jusqu’en Grèce et plus tard vers mes 18 ans je décidais de passer un mois à Ouagadougou (Burkina Faso) et appris à travailler avec un couturier dans cette ville.
C’est en septembre 2002, que je commence des études universitaires à Lausanne. Parce que je ne voulais pas me lancer dans des études dans l’injonction de trouver un emploi ensuite, j’ai choisi des branches telles que le sanskrit, l’archéologie et l’ethnographie (Neuchâtel). En 2004, je voyage pour la première fois en Asie, au Népal lors d’un séjour de recherche ethno-archéologique qui me permet de voir le tantrisme dévotionnel hindou.
Passionnée par les langues anciennes, et leur histoire, de fil en aiguille, je lâche petit à petit l’ethnographie et l’archéologie, pour me concentrer sur les études indiennes. J’ajoute à mes apprentissages, ceux du hindi et de l’arabe. Toujours dans une vision de jeu, d’apprendre pour apprendre.
Et de manière presque organique la suite se dessine : je commence à travailler sur le penseur al-Biruni (973-1050 apr. J.-C.), dont les travaux lient magnifiquement le monde indien et arabe. Sa vie et ses recherches menées entre le nord de l’Afghanistan et du Pakistan modernes me donnent aussi l’opportunité de m’intéresser plus en détail à l’histoire très riche de ces régions du monde, et de découvrir que le culte de la déesse hindoue y était un culte essentiel.
Mon intérêt sur al-Biruni a ouvert la porte aux reportages. C’est grâce à lui que je coréalise (avec Vladimir Loncar) mon premier reportage (vidéo à voir ici) durant lequel nous retraçons sa vie entre Ouzbékistan, Iran et Pakistan. C’est aussi cette recherche qui me permet beaucoup plus tard d’être conservatrice principale pour une exposition temporaire en son honneur en 2023 à l’UNESCO à Paris ( https://www.unesco.org/en/articles/exhibition-abu-rayhon-beruni-geographical-and-intellectual-journeys; publication de l’exposition : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000386855).
Durant ce parcours académique, j’ai eu l’occasion de séjourner deux ans à New Delhi (2010-2012) à l’université Jawaharlal Nehru, durant lesquels j’ai pu apprivoiser la langue hindie, rencontrer de nombreux autres étudiant-e-s d’origines variées, participer à des conférences, travailler directement avec des spécialistes indien-ne-s, et surtout explorer la culture, le monde moderne de l’Inde.
Entre 2016 et 2018, je retourne en Inde, cette fois à Rajgir, une petite ville très rurale du Bihar, où l’Université Nalanda se trouve. J’enseigne le sanskrit dans cette université, ainsi que des cours introductifs sur la religion et la littérature de l’Inde, de la philosophie comparée. Ce moment a été particulièrement formateur pour moi, en terme d’expérience d’enseignement, mais aussi et peut-être surtout au niveau personnel : je vis et travaille pendant une année et demi dans un endroit où il n’est pas possible de sortir le soir seule (ou même accompagnée), où je dois me vêtir comme les femmes locales (kurta-sarwal), où les transports publics sont des chariots tirés par des ânes, où il n’y a pas de magasins ni de restaurants tels qu’on les connaît, où des gens font encore parfois pipi sur les bords routes à côté du marché, où il faut se déplacer trois heures en voiture pour accéder à des soins de qualité, où la corruption et une forme de malhonnêteté dans le milieu professionnel sont normalisés.
Grâce à ces deux expériences en Inde, j’ai expérimenté un univers aux antipodes de celui dans lequel je suis née … par la langue, la nourriture, les habitudes de vie, d’habillement, de voyager et d’échanger.