Que ta parole soit impeccable, Quoiqu’il arrive, n’en fais pas une affaire personnelle, Ne fais pas de supposition, Fais toujours de ton mieux, Sois sceptique, mais apprends à écouter … Voilà des préceptes qui ont l’air tout à fait basiques et évidents.
Et si on plongeait pour le temps d’un article dans leur profondeur ?
Depuis quelques années, je m’intéresse un peu plus aux sagesses du continent américain. J’ai repris contact avec les cinq accords toltèques que Don Miguel Ruiz a rendu populaires. J’explore ces accords et essaie de les appliquer.
Je partage ici quelques réflexions.
Pour rappel, voici la liste
- Que ta parole soit impeccable
- Quoiqu’il arrive, n’en fais pas une affaire personnelle
- Ne fais pas de supposition
- Fais toujours de ton mieux
- Sois sceptique, mais apprends à écouter
Don Miguel Ruiz avait d’abord publié un livre sur les quatre premiers accords en 1997, et ce n’est que bien plus tard qu’il publia un livre sur le cinquième.
Je précise qu’il s’agit bien de ma lecture et compréhension de ces principes, et que c’est leur expérimentation qui a fait surgir ces pensées et réflexions.
Allez lire les livres si vous voulez en savoir davantage !
Les Quatre Accords toltèques. La voie de la liberté personnelle
Le cinquième accord toltèque. La voie de la maîtrise de soi
Prenons-les d’abord un par un.
Que ta parole soit impeccable
Je pense que ‘l’impeccabilité’ d’une parole peut se comprendre et s’appliquer de différentes manières, p.ex. s’exprimer avec un certain ton, sans agressivité, sans vulgarité, ou parler de manière plus ou moins directe (cash) et plus ou moins douce. Il s’agit aussi du contenu bien entendu.
Je me rappelle par exemple les trois filtres de Socrates qui me rappellent à l’ordre parfois :
Est-ce que ce que je dis est vrai ?
Est-ce que c’est bon ?
Est-ce que c’est utile ?
Cependant, le point sur lequel j’ai envie de me focaliser ici est l’alignement entre ce que je pense, ce que je fais et ce que je dis.
Trop souvent, je pense quelque chose alors que la manière dont je l’exprime ne transmet pas exactement le fond de ma pensée, ni mon intention de base.
Les raisons peuvent être multiples : émotions, besoin de clarifier mes pensées, stress, pression sociale, etc.
Ou alors, je dis que je vais faire ceci ou cela, ou à l’inverse que je ne vais pas faire ni ceci ni cela, mais mes actes ne suivent pas.
Il ne s’agit pas ici de se blâmer pour ce genre d’incohérence, mais juste de la remarquer. En tant qu’humain.e ces processus sont tout à fait naturels, voire légitimes – car ils traduisent entre autres notre grande complexité intérieure.
Ma technique ?
J’essaie d’observer quand mes paroles ne sont pas alignées avec mes pensées et mes actes, sans analyser nécessairement, et sans me juger ni me dévaloriser. Et, j’observe ces incohérences, à la manière d’une enfant curieuse qui découvre un nouveau jeu.
Je ne dis pas que c’est facile… Mais, en tâtonnant, petit à petit, je mets toujours davantage de conscience sur ma cohérence intérieure, et comment je la manifeste extérieurement, à savoir comment je l’exprime.
Par exemple, une de mes devises est de m’exprimer de la manière la plus directe possible et avec douceur et gentillesse.
Grâce à cette conscience qui se construit, s’agrandit peu à peu, je peux mieux (re)trouver mon authenticité, et mieux choisir mon évolution. Et cela me permet de manifester plus facilement mon positionnement, mes limites et à l’inverse d’ouvrir certaines perspectives.
… Et pour aller un peu plus loin …
Je me demandais quel était l’impact réel d’une parole impeccable, alignée ?
On dit que par exemple que la pensée est créatrice. Si mes paroles suivent ma pensée avec une certaine intégrité, alors, elles seront aussi créatrices de mon environnement.
Et je réfléchis : si mes mots se manifestaient, serait-ce une réalité que je voudrais vivre ?
Cette question m’amène à penser en termes de ‘cercle vicieux’ ou ‘vertueux’ : est-ce que je peux aussi chercher à trouver une impeccabilité de mes pensées ?
Peut-être délaisser les pensées négatives automatiques, et alors, le monde que j’exprimerai avec cette parole impeccable aura une autre couleur plus lumineuse et joyeuse.
Alors, je questionne aussi certaines pensées, et essaie de diriger mon monde mental dans une certaine direction.
Quoiqu’il arrive, n’en fais pas une affaire personnelle
Les interprétations que fait l’autre de mes paroles, comportements, etc., parlent davantage de sa vie, de ses joies, de ses peines … que de moi.
Nous sommes souvent des êtres autocentrés – et ce n’est pas une critique. La plupart du temps nos comportements et discours parlent de nous-mêmes, de nos blessures, nos peurs. Et nous mettons un filtre, souvent de manière inconsciente, dans nos interactions.
Et en plus, en faire une affaire personnelle est une pensée autocentrée, voire une forme d’égocentrisme. En effet, penser que l’autre est centré sur nous même peut être assez nombriliste, alors que l’autre a souvent ses propres préoccupations, ses soucis auxquels iel doit déjà faire face.
‘Prendre les choses personnellement’ est parfois considéré comme un poison que l’on s’infligerait tout.e seul.e, comme la rancune d’ailleurs, et ce poison peut s’installer insidieusement pour finalement simplement assombrir nos cœurs et nos âmes inutilement.
Alors, est-ce que je peux m’immuniser contre ce tel poison ?
Il n’y a pas de baguette magique pour le faire ; à mon sens, toujours une constance colorée de douceur, de joie et de légèreté dans l’observation neutre, le discernement. Et progressivement je peux voir mes travers et les accueillir pour ce qu’ils sont, des symptômes de mon appartenance à l’espèce humaine.
Ne fais pas de supposition
Tout est question de perspective. Depuis là où je suis, avec mes peurs, mes blessures et mes croyances, je vois les choses sous un certain angle. Et, de fait, la même réalité factuelle peut être décrite de manière unique par chaque personne qui l’observerait.
Depuis nos propres perspectives, autocentrées, nous avons souvent tendance à imaginer que l’autre pense de la même manière que nous.
Mais de quel droit ?
Diantre, insurgeons-nous contre de telles suppositions !
Car au fond, nous n’en savons rien…
Ces suppositions sont aussi un filtre que nous mettons entre nous et la réalité qui se présente à nous. Ce filtre peut varier selon ce que la réalité va toucher en nous, et nous pouvons être plus ou moins conscient.e.s de l’existence de ce filtre.
J’essaie de voir d’abord quels sont les filtres que je mets lorsque j’écoute quelqu’un, lors de mes interactions, et j’apprends à les observer. J’ai remarqué au fil du temps qu’il y en avait énormément. Et probablement il n’est pas possible d’enlever complétement le filtre.
Mais de comprendre qu’il y a un filtre – quel qu’il soit – et que ce filtre parle uniquement de moi et ne concerne en aucun cas l’autre.
Et en voyant ce filtre, je peux mieux déterminer ce qui m’appartient et ce que l’autre m’exprime réellement.
Dans mes interactions, je fais des pauses intérieures, de temps à autres, et observe si j’écoute effectivement les mots de l’autre et non pas ce que mon esprit veut en déduire.
Fais toujours de ton mieux
Pour moi, cette recommandation résonne avec un enseignement de l’Inde.
La pensée indienne s’est beaucoup questionnée sur la notion d’action (le karma signifie littéralement action), et surtout comment agir dans le monde tout en réduisant son impact sur les vies futures.
La Bhagavadgîtâ, un texte très populaire qui s’insère dans l’épopée le Mahâbhârata, exprime les bénéfices d’agir sans se préoccuper du résultat. C’est-à-dire dans un sens se détacher des attentes d’un certain résultat, faire sans attente, faire sans nécessairement se projeter dans le futur.
Les écoles de yoga moderne utilisent parfois la notion de ‘karma yoga’ qui signifie de prendre un moment pour des tâches, peut-être de nettoyage, de rangement, que j’effectue uniquement pour le bien d’autrui, et non pas pour mon propre bénéfice.
Pour moi, l’accord ‘faire de son mieux’ peut être une invitation similaire, à savoir ‘se mettre au service,’ et prendre soin des actions avec simplicité et humilité sans se soucier du résultat.
… comme une forme d’impeccabilité dans les actions.
En effet, souvent, nous sommes guidé.e.s par les résultats des actions, alors que si nous pouvons nous détacher du résultat en nous concentrent sur le chemin, nous prenons aussi de la distance avec certaines attentes.
Et nous savons Oh combien les attentes peuvent causer des désagréments, déceptions et frustrations !
Je vois mes actions comme des graines : j’en prends soin, je les arrose, les plante dans le bon terreau, et j’ai confiance qu’elles vont pousser – d’une manière ou d’une autre – même si je ne vois pas le résultat.
Et toi, comment pourrais-tu oublier pour un certain temps le résultat de certaines actions et en prendre soin pour ce qu’elles sont simplement ?
Sois sceptique, mais apprends à écouter
Rares sont ces moments où nous écoutons vraiment, sans se faire d’avis, sans penser à ce qu’on va répondre. Et bien sûr, c’est une forme d’empathie que de faire miroir à l’autre.
Mais être dans une vraie écoute c’est laisser l’autre être l’autre, l’accueillir simplement. Il s’agit encore une fois d’observer le(s) filtre(s) que je mets plus ou moins consciemment entre la parole de l’autre et ma compréhension de cette parole.
Je pense que parfois mon scepticisme peut aussi parler davantage de mes peurs et blessures que du bien-fondé de ce que l’autre me communique.
Revenir à une écoute pure, alors. On peut écouter de différentes manières. On peut écouter par les oreilles, mais peut-être que l’on peut écouter par les autres sens. Je peux humer pleinement et explorer les senteurs par mon odorat, je peux contempler pleinement par mes yeux et les garder grands ouverts. Je peux aussi ressentir entièrement, une légère brise sur ma peau, ou le frottement des mes vêtements sur mon corps lorsque je bouge. Toutes ces postures sont des postures d’accueil, d’écoute indifférent et neutre.
Cette posture nous permet d’ouvrir nos œillères, de laisser le temps aux différentes perspectives de se faire leur place dans notre vision du monde, et d’ouvrir notre esprit à toute la globalité d’une situation,
Dans tes prochaines interactions, pratique l’écoute active juste le temps d’un instant et observe la sensation d’accueil.
Pour conclure
Je pense que ces accords se soutiennent et se nourrissent mutuellement : avec une parole impeccable, lors d’une vraie écoute et lorsque l’on fait de son mieux, il n’y a plus lieu de se sentir viser personnellement ni de faire de suppositions.
Pour ma part, je vois plusieurs bénéfices dans ma vie depuis que je mets en pratique consciente ces principes :
- ma vie est plus simple et plus claire
- mon mental est apaisé
- mes relations à l’autre sont plus harmonieuses
- la confiance que j’ai en moi est plus grande
- je peux encore construire la conscience que j’ai de moi-même et de mes filtres
J’espère que cet article t’a plu. Tu l’auras compris j’aime explorer notre être ‘multifacette’, j’aime explorer comme une enfant curieuse dans un nouveau jeu, et partager mes réflexions.
Si cela t’a parlé, ou si tu as des questions ou suggestions, fais un commentaire. J’y répondrai volontiers.